Les cinq villes de la Route
Avignon
Introduction historique
La présence juive à Avignon est attestée depuis le XIIᵉ siècle. Lorsque les papes s'installent dans la ville en 1309, la communauté y est déjà solidement implantée. En 1348, la ville est achetée par le pape Clément VI à la reine Jeanne de Naples et devient officiellement territoire pontifical.
Cette situation confère à Avignon une place particulière dans l'histoire des Juifs du pape. Contrairement à Carpentras, Cavaillon ou L'Isle-sur-la-Sorgue, qui appartiennent au Comtat Venaissin, Avignon constitue une entité politique distincte directement administrée par les autorités pontificales. Les deux territoires restent néanmoins étroitement liés jusqu'à leur rattachement commun à la France en 1791.
À partir de la fin du Moyen Âge, les expulsions successives des Juifs d'Angleterre, du royaume de France, de Provence, d'Espagne et du Portugal renforcent progressivement les communautés juives des territoires pontificaux. Avignon devient alors l'un des principaux centres du judaïsme dans le sud de la France.
La ville et les Juifs du pape
Par sa taille et son rayonnement, Avignon occupe une place à part parmi les communautés des Juifs du pape.
Au XVe siècle, la population juive compte probablement entre 300 et 500 personnes. Elle augmente régulièrement au cours des siècles suivants pour atteindre environ 700 habitants au XVIIᵉ siècle puis près de 1 000 personnes à la veille de la Révolution française. Avignon accueille alors la plus importante communauté juive des territoires pontificaux français, soit près d'un tiers de l'ensemble des Juifs du pape.
La ville attire des familles venues de Provence, du Languedoc, d'Italie ou encore de la péninsule ibérique. Son activité commerciale favorise le développement d'un important réseau d'échanges avec Marseille, Livourne, Turin ou les autres villes des États pontificaux.
Cette concentration de population et de richesses fait également d'Avignon l'un des principaux centres religieux et intellectuels du judaïsme comtadin. De nombreux rabbins, érudits, copistes et notables y exercent leurs activités, donnant à la ville un rôle de référence pour les autres communautés de la région.
La synagogue
La synagogue d'Avignon est mentionnée dès le Moyen Âge au sein du quartier juif.
L'édifice est plusieurs fois agrandi afin de répondre à l'augmentation de la population. En 1845, un incendie détruit une grande partie du bâtiment ancien. Une nouvelle synagogue est reconstruite entre 1846 et 1848 sur le même emplacement.
Toujours affectée au culte, elle demeure aujourd'hui l'un des principaux lieux de vie du judaïsme provençal. Elle constitue également le siège du Consistoire israélite d'Avignon et de Provence.
La synagogue témoigne de la continuité exceptionnelle de la présence juive dans la ville, depuis l'époque médiévale jusqu'à nos jours.
La carrière
La carrière d'Avignon est instituée en 1458. Située autour des actuelles rue Jacob, rue Abraham et place Jérusalem, elle devient le principal quartier de résidence de la communauté.
Au XVIIIᵉ siècle, près d'un millier de personnes y vivent. Cette concentration humaine en fait la plus importante carrière des États pontificaux français.
Le quartier possède ses propres institutions religieuses, éducatives et caritatives et constitue pendant plusieurs siècles le centre de la vie communautaire juive avignonnaise.
La Révolution française marque une rupture brutale. En 1791, dans le contexte des affrontements politiques qui accompagnent le rattachement d'Avignon à la France, la carrière est victime de violences et de pillages. Quelques mois plus tard, l'émancipation des Juifs permet aux habitants de s'installer librement dans l'ensemble de la ville. L'ancien quartier perd alors progressivement sa fonction d'origine.
Le cimetière juif
Le principal cimetière juif d'Avignon est aujourd'hui celui de Saint-Véran.
Toujours utilisé par la communauté, il témoigne de la permanence de la présence juive dans la ville après la disparition des anciennes carrières.
Il abrite les sépultures de nombreuses familles issues des communautés des Juifs du pape ainsi que celles de personnalités religieuses et communautaires ayant marqué l'histoire du judaïsme provençal aux XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Visiter aujourd'hui
Avignon constitue aujourd'hui une étape incontournable de la Route des Juifs du pape.
La synagogue, toujours en activité, peut être visitée lors d'événements culturels ou de visites organisées. Les rues de l'ancienne carrière conservent la mémoire du quartier juif historique, notamment autour de la rue Jacob et de la place Jérusalem.
Les Archives municipales et les Archives départementales de Vaucluse conservent par ailleurs un important fonds documentaire permettant de retracer plusieurs siècles de présence juive dans la cité pontificale.
Carpentras
Introduction historique
Carpentras occupe une place centrale dans l’histoire des Juifs du pape. Capitale du Comtat Venaissin à partir du XIVe siècle, la ville conserve aujourd’hui l’un des ensembles patrimoniaux juifs les plus exceptionnels d’Europe occidentale : synagogue encore en activité, mikvé souterrain visible, ancien quartier de carrière et cimetière historique.
Héritière de plusieurs siècles de présence juive sous autorité pontificale, Carpentras incarne la permanence d’une culture judéo-comtadine originale, à la croisée des traditions provençales, italiennes et hébraïques.
Carpentras et les Juifs du pape
En 1320, Carpentras devient la capitale du Comtat Venaissin pontifical. La ville accueille alors une communauté juive en plein développement, renforcée par les vagues successives d’expulsions du royaume de France, puis plus tard d’Espagne et de Provence.
Sous protection pontificale mais soumise à des contraintes spécifiques, la communauté vit principalement dans la « carrière », quartier fermé progressivement institutionnalisé à partir du XVe siècle. Malgré ces restrictions, elle développe une vie religieuse, intellectuelle et économique.
La synagogue de Carpentras
Construite en 1367 puis profondément remaniée au XVIIIe siècle, la synagogue de Carpentras est aujourd’hui la plus ancienne synagogue encore en activité en France. Classée Monument Historique depuis 1924, elle constitue un témoignage exceptionnel de l’organisation religieuse et communautaire des Juifs du pape.
Derrière une façade discrète se déploie un édifice complexe organisé sur plusieurs niveaux, adapté aux contraintes de la carrière. Un escalier monumental mène à la salle de culte principale, avec la salle de réunion, le tabernacle, la galerie-tribune et la tévah portée par des colonnes.
La décoration intérieure est remarquable : plafond bleu constellé d’étoiles, boiseries à panneaux, décor doré du tabernacle, lustres, chandeliers et fauteuil du prophète Élie.
- salle de culte organisée sur plusieurs niveaux ;
- galerie-tribune et tévah portée par des colonnes ;
- fauteuil du prophète Élie ;
- mikvé souterrain ;
- espaces communautaires ;
- ancien four destiné notamment aux pains azymes de Pessa’h.
La carrière
La carrière de Carpentras reste l’un des témoignages urbains majeurs de la présence des Juifs du pape. Comme dans les autres villes comtadines, les habitants juifs étaient contraints de résider dans un périmètre fermé. L’espace réduit favorise le développement d’un habitat vertical caractéristique, avec maisons étroites et immeubles imbriqués.
Bien que largement transformé, le tissu urbain conserve encore aujourd’hui des traces de cette organisation historique. Les éléments visibles et accessibles devront être précisés lors des vérifications locales.
Le cimetière juif
Le cimetière juif de Carpentras constitue l’un des plus importants ensembles funéraires juifs du sud de la France. Réparti sur environ 3,3 hectares, il comprend près de 850 sépultures postérieures à la Révolution française.
Les tombes plus anciennes ne sont généralement pas signalées, conformément aux réglementations pontificales de l’époque. Les sépultures individuelles sont souvent regroupées dans des enclos familiaux, témoignant de la continuité des lignées et de l’attachement durable de la communauté à la ville.
Le cimetière est un site patrimonial protégé et entretenu. Les modalités précises de visite et son éventuelle activité actuelle restent à confirmer localement.
Visiter aujourd’hui
La synagogue est intégrée aux circuits patrimoniaux de la ville et peut être visitée lors de visites guidées organisées ponctuellement par les structures touristiques locales.
- Réservation en ligne disponible via Ventoux Provence ;
- réservation par téléphone : 04 90 63 39 97 ;
- visites guidées des anciens quartiers juifs et de la synagogue ;
- vérifications à compléter : horaires, tarifs, accessibilité, visite du cimetière.
Cavaillon
La ville et les Juifs du pape
Cavaillon est l’une des quatre villes des Arba Kehilot (« Quatre Saintes Communautés ») qui structurent la vie des Juifs du pape dans le Comtat Venaissin, aux côtés d’Avignon, Carpentras et L’Isle-sur-la-Sorgue.
La présence juive y est attestée dès le XIIIe siècle. Comme dans l’ensemble des territoires pontificaux, la communauté accueille progressivement des familles issues des grandes vagues d’expulsion qui touchent l’Europe occidentale : royaume de France, Provence, Espagne et Portugal.
À partir du milieu du XVe siècle, les autorités pontificales imposent progressivement le regroupement des Juifs dans des quartiers réservés appelés « carrières ». À Cavaillon, la carrière est officiellement établie en 1453.
Au XVIIIe siècle, la population juive de Cavaillon atteint environ 200 à 250 habitants.
La synagogue
La synagogue de Cavaillon, aujourd’hui transformée en musée, constitue l’un des ensembles cultuels juifs les mieux conservés de France.
L’édifice actuel résulte d’une importante reconstruction réalisée entre 1772 et 1774.
- Salle de prière principale au premier étage
- Galerie des femmes à l’étage supérieur
- Tevah centrale
- Arche sainte richement décorée
- Fauteuil du prophète Élie
- Boiseries et ferronneries du XVIIIe siècle
Au rez-de-chaussée se trouvent le mikvé, le four à pain azyme et les espaces communautaires. La synagogue abrite aujourd’hui le musée juif comtadin.
La carrière
La carrière de Cavaillon, la plus petite du Comtat, occupait un espace restreint autour de l’actuelle place Philippe-Cabassole.
Le quartier était fermé la nuit et les habitants devaient résider à l’intérieur de ce périmètre.
- Ruelles étroites
- Parcelles médiévales
- Maisons élevées en hauteur
- Emplacement de la synagogue et des bâtiments communautaires
Le cimetière juif
Le cimetière juif de Cavaillon est l’un des plus anciens sites funéraires juifs attestés du Comtat Venaissin. Des documents mentionnent son existence dès 1217.
Du cimetière de la Porte du Clos subsistent aujourd’hui quelques stèles conservées au musée juif comtadin ainsi qu’une plaque commémorative au bas de la colline Saint‑Jacques.
Visiter aujourd’hui
Synagogue et musée juif comtadin : visites de l’ensemble synagogue–mikvé–four à pain.
Ancienne carrière : promenade dans le centre ancien à la découverte des vestiges du quartier juif.
Informations pratiques
Ville de Cavaillon – Musée Juif Comtadin Office de Tourisme Luberon Cœur de Provence
L’Isle-sur-la-Sorgue
Introduction historique
L’Isle-sur-la-Sorgue est l’une des quatre villes des Arba Kehilot (« Quatre Saintes Communautés ») qui structurèrent la vie des Juifs du pape dans le Comtat Venaissin. Aux côtés d’Avignon, Carpentras et Cavaillon, elle accueille pendant plusieurs siècles une communauté juive vivant sous l’autorité des papes.
La présence de familles juives y est attestée dès le XIIIe siècle. Après les expulsions qui touchent successivement les communautés juives d’Angleterre, du royaume de France, de Provence, d’Espagne et du Portugal, les territoires pontificaux d’Avignon et du Comtat Venaissin deviennent l’un des rares espaces d’accueil en Europe occidentale. Les communautés juives y bénéficient d’une protection relative, mais vivent sous un statut particulier qui limite progressivement leurs lieux de résidence.
Si Carpentras conserve encore sa synagogue et si Cavaillon possède l’un des plus beaux ensembles cultuels juifs de France, L’Isle-sur-la-Sorgue se distingue aujourd’hui par un autre aspect : la redécouverte progressive de son patrimoine disparu. Depuis la création de la Direction du Patrimoine en 2012, les recherches historiques, archéologiques et architecturales ont profondément renouvelé la connaissance de l’ancienne carrière et de ses habitants. Les découvertes réalisées ces dernières années font désormais de la ville l’un des principaux centres d’étude du patrimoine des Juifs du pape.
L’Isle-sur-la-Sorgue et les Juifs du pape
La présence de familles juives est attestée à L’Isle-sur-la-Sorgue dès 1278. Elles vivent alors au sein de la population urbaine avant d’être progressivement regroupées dans un quartier spécifique situé dans l’actuel secteur de la place de la Juiverie.
Comme dans les autres villes du Comtat, la communauté exerce principalement des activités de négoce, de commerce textile, de courtage et de prêt. Malgré les restrictions qui encadrent leur vie quotidienne, certaines familles parviennent à acquérir une réelle aisance économique et participent activement à la prospérité de la ville.
À partir du XVIIe siècle, lorsque les Juifs sont définitivement regroupés dans les quatre villes autorisées du Comtat, L’Isle devient l’un des centres du judaïsme comtadin. Au XVIIIe siècle, la carrière accueille entre 300 et 400 habitants, ce qui en fait l’une des principales communautés juives du Comtat Venaissin. À la veille de la Révolution française, elle partage avec les autres communautés des Juifs du pape un même rite liturgique, une langue vernaculaire judéo-provençale appelée chouadit et des institutions communautaires communes.
La synagogue
La synagogue de L’Isle-sur-la-Sorgue est mentionnée dans les archives dès 1527, mais son origine est probablement plus ancienne. Située à l’extrémité sud-est de la carrière, elle constitue durant plusieurs siècles le cœur religieux et communautaire de la population juive.
Comme les synagogues de Carpentras et de Cavaillon, elle est reconstruite et agrandie au XVIIIe siècle. Les sources anciennes décrivent un ensemble complexe comprenant plusieurs espaces cultuels et communautaires. La synagogue possédait notamment des salles de prière superposées ainsi que des équipements collectifs indispensables à la vie religieuse.
Abandonnée après la Révolution, elle est finalement détruite en 1856. Longtemps, son souvenir ne subsiste qu’à travers les archives et quelques représentations anciennes.
Depuis 2020, plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont cependant profondément renouvelé les connaissances sur le site. Les archéologues ont mis au jour les vestiges d’espaces annexes ainsi que deux fours communautaires destinés à la cuisson du pain azyme. Ces découvertes, particulièrement rares pour une synagogue des Juifs du pape, permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’organisation des espaces cultuels, les activités communautaires et la vie quotidienne au sein d’une carrière comtadine.
La carrière
La carrière de L’Isle-sur-la-Sorgue occupait un secteur d’environ 6 000 m² au cœur de la ville, autour de l’actuelle place de la Juiverie. Au XVIIIe siècle, entre 300 et 400 personnes y vivaient dans un espace clos dont les accès étaient fermés durant la nuit.
Comme dans les autres carrières du Comtat Venaissin, le manque d’espace conduit à une forte densification de l’habitat. Les maisons s’élèvent parfois sur quatre ou cinq niveaux et les constructions s’organisent autour de cours et d’impasses étroites.
Deux bâtiments témoignent encore aujourd’hui de cette architecture spécifique.
L’immeuble Beaucaire, construit entre 1760 et 1765 pour les frères David-Aaron et Isaac Beaucaire sur les plans de l’architecte Esprit-Joseph Brun, constitue l’un des plus remarquables exemples d’architecture civile des Juifs du pape. Sa forme originale en fer à cheval répond directement aux contraintes imposées aux habitants de la carrière : les ouvertures devaient être tournées vers l’intérieur du quartier. Son escalier monumental, ses ferronneries et ses décors en gypserie témoignent du niveau social atteint par certaines familles juives à la fin de l’Ancien Régime. Protégé au titre des Monuments historiques, il fait actuellement l’objet d’un vaste programme de restauration.
L’immeuble Carcassonne, également daté du XVIIIe siècle, constitue un autre témoin rare de l’habitat juif comtadin et conserve plusieurs éléments architecturaux d’origine, notamment ses élégantes ferronneries.
Ce qui rend aujourd’hui la carrière de L’Isle-sur-la-Sorgue particulièrement remarquable est qu’elle continue de livrer de nouvelles informations aux chercheurs. Là où d’autres quartiers juifs ont disparu sans laisser de traces, les études historiques et archéologiques permettent ici de reconstituer progressivement l’organisation du quartier, son évolution et les conditions de vie de ses habitants.
Le cimetière juif
Situé au quartier des Bagnoles, à l’extérieur du centre ancien, le cimetière juif de L’Isle-sur-la-Sorgue est attesté depuis le XVe siècle. Il demeure en usage jusqu’au début du XXe siècle et constitue aujourd’hui l’un des rares témoins encore visibles de la continuité de la présence juive dans la ville.
Comme dans les autres cimetières des Juifs du pape, les tombes les plus anciennes sont particulièrement sobres. Les inscriptions sont souvent limitées à quelques indications religieuses ou familiales, ce qui rend aujourd’hui l’identification de certaines sépultures difficile.
Depuis 2013, un important programme d’étude a permis le défrichement du site, le relevé des inscriptions conservées, l’analyse des structures funéraires et la numérisation en trois dimensions de l’ensemble du cimetière. Ces recherches ont considérablement enrichi la connaissance des familles juives de L’Isle-sur-la-Sorgue et de leurs pratiques funéraires. Aujourd’hui protégé au titre des Monuments historiques, le cimetière fait l’objet de projets de restauration et de valorisation destinés à mieux faire connaître ce lieu de mémoire exceptionnel.
Visiter aujourd’hui
L’ancienne carrière se découvre autour de l’actuelle place de la Juiverie, où l’organisation du quartier permet encore de comprendre les contraintes et les modes de vie des communautés juives du Comtat. Les visiteurs peuvent également observer l’immeuble Beaucaire, exceptionnel témoignage de l’architecture civile des Juifs du pape, ainsi que les secteurs où se situait l’ancienne synagogue, aujourd’hui au cœur des recherches archéologiques menées par la Ville.
À l’extérieur du centre ancien, le cimetière juif des Bagnoles constitue l’un des témoignages les plus émouvants de cette histoire pluriséculaire. Les actions de recherche, de restauration et de médiation engagées depuis plusieurs années contribuent à redonner visibilité à ce patrimoine longtemps méconnu.
L’Isle-sur-la-Sorgue offre ainsi une approche singulière de la Route des Juifs du Pape : celle d’une ville où l’archéologie, les archives et les études patrimoniales permettent de faire réapparaître un passé largement disparu.
À venir
La création de l’Espace Beaucaire, futur centre d’interprétation consacré à l’histoire des Juifs du pape à L’Isle-sur-la-Sorgue et dans le Comtat Venaissin, permettra de présenter au public les découvertes archéologiques et historiques réalisées ces dernières années. Lauréat du Programme national Patrimoine Juif 2025 de la Fondation du patrimoine et de la Fondation Edmond J. Safra, ce projet illustre la reconnaissance nationale du travail engagé par la ville pour faire connaître et transmettre un patrimoine longtemps méconnu.
Pernes-les-Fontaines
Introduction historique
Pernes-les-Fontaines occupe une place particulière dans l’histoire des Juifs du pape. La présence d’une communauté juive y est attestée au Moyen Âge, avant que la résidence des Juifs ne soit progressivement limitée aux quatre communautés d’Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue.
Si les grands monuments communautaires ont disparu, Pernes conserve un témoignage exceptionnel de cette présence : plusieurs bains rituels juifs, ou mikvaot, situés dans le secteur de l’ancienne juiverie. Ces vestiges font de la ville une étape essentielle pour comprendre les origines médiévales de la présence juive dans le Comtat Venaissin.
Pernes-les-Fontaines et les Juifs du pape
La communauté juive de Pernes est attestée au Moyen Âge, dans le contexte du Comtat Venaissin placé sous autorité pontificale. Comme dans les autres villes du Comtat, les familles juives vivent sous protection des papes, mais dans un cadre juridique de plus en plus contraint.
Elles sont progressivement regroupées dans un quartier spécifique, la juiverie, autour de l’actuelle place de la Juiverie. Après les décisions pontificales du XVIIe siècle, Pernes cesse de faire partie des lieux de résidence autorisés pour les Juifs du pape, au profit des quatre communautés d’Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue.
La synagogue
Les archives permettent d’attester l’existence d’une synagogue à Pernes au Moyen Âge, mais l’édifice n’a pas été conservé. Son emplacement exact ne peut pas être restitué avec certitude.
En revanche, les mikvaot conservés dans le secteur de l’ancienne juiverie constituent des vestiges matériels directement liés à la vie religieuse de la communauté. Ils permettent d’évoquer concrètement les pratiques rituelles et l’organisation quotidienne d’une communauté juive médiévale du Comtat.
La carrière
L’ancienne juiverie se situait autour de l’actuelle place de la Juiverie. Les bâtiments ont été largement transformés, mais le nom du lieu et les découvertes archéologiques rappellent l’existence de ce quartier communautaire.
La singularité de Pernes tient moins à la conservation d’un ensemble monumental qu’à la présence de bains rituels remarquablement documentés. Le plus anciennement connu est celui de l’Hôtel de Cheylus, situé dans le secteur de la place de la Juiverie. Classé au titre des Monuments historiques, il est constitué d’un escalier descendant vers un bassin alimenté par la nappe phréatique.
Les recherches archéologiques menées entre 2016 et 2018 sur la place de la Juiverie ont permis d’identifier un second mikvé, puis les vestiges d’un troisième bain rituel. Ces découvertes sont majeures, car elles montrent la présence de plusieurs bains rituels dans un même secteur de l’ancienne juiverie.
Le cimetière juif
L’existence d’un cimetière juif à Pernes est mentionnée dans les sources anciennes, mais aucun vestige visible ne permet aujourd’hui d’en proposer une localisation certaine.
Pour cette raison, il convient de l’évoquer avec prudence : il témoigne de l’organisation ancienne de la communauté, sans constituer aujourd’hui un site patrimonial identifiable pour le visiteur.
Visiter aujourd’hui
La visite de Pernes-les-Fontaines permet de découvrir une facette plus discrète mais essentielle de l’histoire des Juifs du pape. Autour de la place de la Juiverie, les mikvaot constituent les principaux vestiges tangibles de cette présence médiévale.
Cette étape complète les autres villes de la Route des Juifs du Pape : là où Carpentras et Cavaillon conservent des synagogues remarquables, Pernes permet d’aborder les origines médiévales de la présence juive dans le Comtat et les pratiques rituelles liées à la vie quotidienne.