Depuis le Moyen Âge jusqu’à la Révolution française
Une présence juive antérieure au pouvoir pontifical
La présence juive est attestée en Provence dès le haut Moyen Âge, même si elle reste alors dispersée et parfois mal documentée. Le tournant majeur intervient en 1274, lorsque le Comtat Venaissin devient possession du Saint-Siège.
À partir de cette date, les Juifs passent sous l’autorité directe du pape. Ils bénéficient d’une protection juridique spécifique, inspirée notamment de la doctrine pontificale issue de Sicut Judaeis. Le Comtat devient alors un refuge relatif pour des communautés confrontées aux expulsions et aux restrictions dans les territoires voisins.
Chronologie détaillée
- En 1274, le Comtat Venaissin devient officiellement propriété pontificale à la suite du concile de Lyon et de la cession des terres du marquisat de Provence au Saint-Siège. Carpentras devient progressivement la capitale administrative du Comtat. Avignon, en revanche, n’appartient pas encore aux papes. La ville relève alors des comtes de Provence et de la maison d’Anjou.
- En 1309, le pape Clément V installe pourtant la cour pontificale à Avignon. Commence alors la période dite de la « papauté d’Avignon » (1309-1377), durant laquelle sept papes résident dans la cité.
- Ce n’est qu’en 1348 que la reine Jeanne Ire de Naples et comtesse de Provence vend officiellement Avignon au pape Clément VI. La ville devient alors pleinement territoire pontifical, distinct du royaume de France.
- Les Juifs expulsés du royaume de France en 1306, puis de Provence à la fin du XVe siècle, vont alors pouvoir trouver refuge dans les États pontificaux d’Avignon et du Comtat Venaissin. La présence des Juifs ainsi que les règles auxquelles ils vont être soumis vont évoluer avec l’expansion territoriale et la présence papale dans le Comtat et à Avignon. Les papes leur accordent une protection relative, tout en leur imposant d’importantes restrictions telles que taxes spécifiques, le port de signes distinctifs, des limitations professionnelles et le regroupement dans des quartiers fermés appelés « carrières » (du provençal carriero, rue).
- À partir du XVIe et surtout du XVIIe siècle, la résidence juive est progressivement limitée à quatre villes principales du Comtat : Carpentras, Cavaillon, L’Isle-sur-la-Sorgue et Avignon. Ces communautés furent connues sous le nom des « Arba Kehilot » (« Quatre Saintes Communautés »). Pernes-les-Fontaines, qui avait pourtant accueilli une communauté juive importante au Moyen Âge, perd alors progressivement sa population juive résidente. Les autorités pontificales favorisent en effet le regroupement des familles juives dans les seules villes autorisées, où sont établies les carrières — quartiers fermés réservés aux Juifs. Malgré ces restrictions, les communautés développent une vie religieuse, intellectuelle et économique particulièrement dynamique. Les synagogues sont reconstruites ou embellies aux XVIIe et XVIIIe siècles, tandis que se maintiennent des traditions liturgiques et culturelles originales, mêlant héritages provençaux, influences italiennes et rites spécifiques aux « Juifs du pape ».
- Au XVIIIe siècle, les Juifs du Comtat et d’Avignon vivent toujours sous un statut d’exception : protégés par les papes, mais soumis à de nombreuses contraintes juridiques, fiscales et résidentielles. Cette situation prend fin avec la Révolution française.
- Après plusieurs pétitions adressées à l’Assemblée nationale, les Juifs d’Avignon et du Comtat Venaissin obtiennent la citoyenneté française le 28 janvier 1791. Quelques mois plus tard, le 13 septembre 1791, l’ensemble des Juifs de France est émancipé. La Révolution met ainsi fin au statut particulier des « Juifs du pape » et entraîne progressivement l’ouverture des carrières ainsi que la dispersion des familles hors des anciens quartiers juifs.
Sources générales
- France Mémoire, « Histoire et mémoire des Juifs du pape »
- Ministère de la Culture – Patrimoine juif en PACA
- Henri Dubled, « Les Juifs de Carpentras à partir du XIIIe siècle », Persée
- RCF, « Qui sont les Juifs du pape ? »
- René Moulinas, Les Juifs du Pape
- Danièle Iancu-Agou, Juifs et néophytes en Provence
- Carol Iancu, Les Juifs en France : de l’émancipation à l’intégration
- Archives parlementaires de 1791, Assemblée nationale constituante